Prévention des blessures

Douleur au genou : quand consulter ?

Repérer les signaux qui imposent un avis médical plutôt qu'une simple pause.

Repérer les signaux qui imposent un avis médical plutôt qu'une simple pause.

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Une douleur au genou peut naître d’un ligament, d’un ménisque, d’un tendon, du cartilage ou d’une articulation qui s’use. La plupart du temps, elle s’apaise en quelques jours. Dans d’autres cas, elle signale une lésion qui s’aggrave lorsqu’on attend. Trier entre ces deux situations évite deux erreurs opposées : consulter pour une gêne passagère, ou laisser traîner une atteinte qui aurait été plus simple à traiter tôt.

Quand consulter pour une douleur au genou ? Prenez rendez-vous rapidement si :

  • une chute, une torsion ou un choc précède la douleur ;
  • le genou gonfle en quelques heures, chauffe ou rougit ;
  • vous ne pouvez plus poser le pied ni plier le genou ;
  • l’articulation se bloque, craque fortement ou lâche ;
  • la gêne dépasse six semaines, revient à chaque effort ou vous fait boiter.

En cas de déformation visible, de fièvre ou d’une douleur insupportable, appelez le 15 (SAMU) ou présentez-vous aux urgences.

Douleur au genou après un choc ou une torsion : les premières heures comptent

Un genou qui gonfle dans les deux à six heures suivant une entorse, une chute ou une réception de saut n’a pas le même sens qu’un genou douloureux depuis des mois. Le gonflement rapide traduit souvent un épanchement, c’est-à-dire du sang ou du liquide dans l’articulation. Il oriente vers une lésion du ligament croisé, une déchirure méniscale ou une fracture articulaire.

Dans ce contexte, la glace enveloppée dans un linge, la surélévation et la mise au repos relatif sont utiles les premières 48 heures. L’immobilisation complète et prolongée, elle, raidit l’articulation et retarde la récupération. Une radiographie permet d’écarter une fracture, puis l’examen clinique décide si une IRM est nécessaire.

Un genou qui craque au moment du traumatisme, qui se dérobe à la marche ou qui reste bloqué en extension mérite un avis médical dans la journée. Attendre que le gonflement parte tout seul expose à une lésion qui s’installe.

Les signaux qui font basculer une gonalgie vers l’urgence

  • Fièvre avec genou chaud, rouge et très douloureux : possible infection articulaire, à traiter sans délai.
  • Blocage complet : le genou ne se plie plus ou ne s’étend plus, ce qui évoque une lésion méniscale enclavée.
  • Impossibilité totale d’appui après un traumatisme.
  • Déformation de l’articulation ou position anormale de la jambe.
  • Perte de sensibilité, fourmillements ou faiblesse du pied : atteinte nerveuse ou vasculaire possible.
  • Douleur nocturne qui réveille, amaigrissement ou masse palpable autour du genou.
  • Boiterie inexpliquée chez un enfant, surtout entre 4 et 10 ans.

Ces situations ne relèvent pas de l’automédication ni du repos maison. Une évaluation médicale rapide change la suite de la prise en charge.

Une douleur qui s’installe sans traumatisme : le seuil des quatre à six semaines

Beaucoup de douleurs du genou apparaissent progressivement, sans chute ni faux mouvement. Le syndrome fémoro-patellaire, la tendinopathie rotulienne, le syndrome de l’essuie-glace et les premiers stades d’arthrose partagent des signes proches. La douleur monte dans les escaliers, s’installe après une course, ou se réveille en position assise prolongée.

Le repère utile n’est pas la violence de la douleur mais sa persistance. Une gêne qui résiste plus de quatre à six semaines, malgré un repos relatif et une réduction des efforts, justifie un avis. Il en va de même lorsque la douleur revient à chaque reprise, qu’elle vous oblige à diminuer vos distances ou qu’elle modifie votre façon de marcher.

Poursuivre l’effort en serrant les dents, en espérant que cela passe, fait souvent passer une tendinite naissante à une lésion chronique. Tout arrêter pendant des mois affaiblit toutefois le quadriceps, muscle essentiel à la stabilité du genou.

Ce qui change selon l’âge et le profil

Profil Causes fréquentes Ce qui doit alerter
Enfant et adolescent Osgood-Schlatter, ostéochondrite, apophysite Boiterie, fièvre, gonflement, refus de marcher
Adulte sportif Entorse du ligament croisé, lésion méniscale, tendinopathie Blocage, dérobement, craquement douloureux
Entre 40 et 60 ans Arthrose débutante, syndrome rotulien, kyste poplité Raideur matinale prolongée, gonflement persistant
Après 65 ans Gonarthrose, épanchement, rhumatisme inflammatoire Déformation de l’axe, douleur permanente

Le poids influence la contrainte exercée sur l’articulation, sans expliquer à lui seul la douleur. Une prise en charge globale, avec une activité adaptée, reste la base du traitement.

Ce que le médecin examine pendant la consultation

L’entretien commence par des questions simples : quand la douleur a débuté, dans quelles circonstances, où elle se situe, ce qui la déclenche et ce qui la calme. Précisez vos activités, vos chaussures, votre pratique sportive et les traitements déjà essayés. Un antécédent de chirurgie sur le genou, de maladie inflammatoire ou de cancer oriente le bilan.

Vient ensuite l’examen physique. Le médecin cherche un épanchement, mesure l’amplitude, palpe les reliefs, teste les ligaments (Lachman, tiroir antérieur), les ménisques et l’articulation fémoro-patellaire. Il observe aussi votre démarche, car une douleur au genou peut modifier la marche et révéler un problème de hanche ou de pied.

L’imagerie ne suit pas automatiquement l’examen. La radiographie est utile en cas de traumatisme ou de suspicion d’arthrose. L’échographie et l’IRM précisent les lésions des tissus mous quand l’examen oriente vers un ménisque, un ligament ou un tendon. Demander une IRM dès la première consultation n’apporte souvent rien de plus.

Bouger malgré la douleur : ce qui aide et ce qui dessert

Le repos total n’est pas la réponse par défaut. Garder une activité sans impact, comme le vélo ou la natation, maintient la mobilité et limite la fonte musculaire. Le renforcement du quadriceps et des fessiers fait partie des traitements de fond les plus efficaces pour la plupart des douleurs mécaniques du genou.

La glace soulage, mais elle ne soigne pas la cause. Les anti-inflammatoires pris sur plusieurs jours sans avis médical peuvent masquer des signes et indisposer l’estomac. Les genouillères et les bandages apportent parfois un confort sans corriger le problème sous-jacent.

Si la douleur augmente pendant l’effort, s’installe après chaque séance ou s’accompagne d’un nouveau gonflement, il vaut mieux réduire la charge et demander conseil que de forcer.

Préparer votre rendez-vous pour gagner du temps

Une consultation bien préparée évite une seconde visite. Notez la date d’apparition, le côté atteint, la zone précise et l’intensité sur une échelle de 0 à 10. Indiquez si la douleur survient au repos, au démarrage, à la descente d’escalier ou la nuit.

Listez les traitements essayés, les examens déjà réalisés et leurs résultats. Précisez vos antécédents, vos allergies et vos activités physiques. Si vous consultez pour un enfant, notez s’il boite le matin, s’il a de la fièvre ou s’il refuse de marcher.

Apportez vos chaussures de sport habituelles. L’usure des semelles donne des informations utiles sur la répartition des appuis.

Ces repères aident à décider, mais ils ne remplacent pas un examen. Voici les questions qui reviennent le plus souvent au cabinet et les éléments de réponse à connaître avant de prendre rendez-vous.

Peut-on aller aux urgences pour une douleur au genou ?

Oui lorsque l’appui est impossible après un traumatisme, que le genou est déformé, gonflé en quelques heures, chaud avec de la fièvre, ou bloqué. Pour une gêne ancienne ou modérée, le médecin traitant ou un médecin du sport sera plus adapté, avec un délai court.

Une radio est-elle utile dès les premiers jours ?

Elle sert surtout à éliminer une fracture après un choc ou à évaluer une arthrose. Sans traumatisme ni signe d’alerte, elle est souvent peu informative au début. Le médecin décide selon l’examen clinique.

Un genou qui craque sans douleur doit-il inquiéter ?

Dans la majorité des cas, non. Les craquements isolés, sans douleur, gonflement ni blocage, sont fréquents et bénins. Un craquement accompagné d’une douleur vive, d’un dérobement ou d’un gonflement mérite en revanche un avis.

Faut-il voir un kinésithérapeute avant un médecin ?

Le médecin reste le premier interlocuteur pour poser un diagnostic. La kinésithérapie est ensuite souvent la clé du traitement, mais elle s’appuie sur un diagnostic établi et sur l’absence de lésion nécessitant un autre traitement.

Une douleur au genou peut-elle venir d’une autre zone du corps ?

Oui. Une atteinte de la hanche, du rachis lombaire ou du pied peut se manifester au genou. C’est une raison supplémentaire de consulter si la douleur ne correspond pas à un mécanisme clair.

L’auteur

Camille Lefèvre

Kinésithérapeute du sport

Je suis des coureurs et des sportifs amateurs du premier rendez-vous au retour sur le terrain. J’écris ici ce que je répète en cabinet sur la reprise, les douleurs qui traînent et les exercices à faire chez soi.

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